mardi 14 janvier 2020

Trouvé!

C'est un moment hors du temps. Un de ces instants où la tranquillité le dispute au sublime, où le silence est source de béatitude, où l'on  attend sans faire trop d'effort l'intense délectation d'une douce défécation. Tu repenses au génial Robin Williams dans le magnifique Fisher King, de Terry Gilliam. La solitude est seule attendue, et l'épiphanie. On ne saurait être ici qu'entre soi. C'est probablement le seul moment de détente véritable du père de famille. 

Mais ça pleure, là, de l'autre côté de la porte. Les pleurs s'intensifient et tu as beau lutter, tu sais que dans quelques secondes il faudra entrebailler la porte des toilettes. Des petits doigts potelés s'insinuent, puis une petite tête blonde. Les grands yeux bleus illuminent la pièce forcément peu éclairée.  Tu donnerais ta vie à rester là et contempler ces yeux un  peu amusés, rieurs en tout cas. Elle semble s'amuser de la situation . Bien entendu, tu étais caché, elle t'a trouvé. C'est  le summum du jeu, sa quintessence. Caché, coucou !

"Bravo mon amour. Tu m'as trouvé. Il faut laisser papa, maintenant.  Il fait caca." Et accessoirement il n'a pas fini son chapitre de Delerm. L'erreur de débutant.  Tu as un livre entre les mains. Elle l'a vu. Elle s'avance vers toi. Elle se retourne, te fait dos, écarte les bras. La défaite est consommée. Te voilà sur le trône, les pantalon et caleçon aux pieds, la petite sur les genoux, en train de lui faire la lecture. Lecture qu'elle ne goûte guère visiblement, puisqu'elle descend, s'éloigne en disant "non non non non non" de sa petite voix et elle revient quelques secondes plus tard, "Mes amis de la ferme" à la main, avec un regard qui dit " ça mon p'tit pote, c'est un livre". Aux chiottes Delerm, quoi. 

dimanche 5 janvier 2020

L'essentiel.

La maison entière embaume le sapin. Plus un bruit autour de nous. Mon amour s'est enfin endormie, nos garçons ont vaincu l'excitation hystérique des derniers jours des vacances de noël. Dans la pénombre du foyer, les lumières de Noël clignotent leurs rouges et leurs dorés. Le silence est lumineux, la nuit emplie de l'esprit calme et serein de Noël. Les deux seuls bruits que j'entends sont le souffle du vent dans les tuiles et celui de mon enfant dans mes bras. Elle s'est enfin laissée aller, malgré le trop plein de sucre, malgré les mauvaises habitudes des derniers jours. Son petit poing est refermé contre ma poitrine. La sienne se soulève doucement au rythme de sa respiration. 

Le dernier samedi des vacances est souvent synonyme de désespoir. On n'a jamais fait tout ce qu'on s'était promis de faire. On n'a pas vu tous les gens que l'on voulait voir. Et pourtant on est épuisé parce qu'on a abusé de tout : nourriture grasse et sucrée, alcools divers, visites et réceptions impromptues... on a vécu à fond. On aurait voulu prendre plus de temps avec les gens qu'on aime, jouer à des jeux de société, se balader ! On a envie de hurler au monde de nous rendre nos vacances. Que ce n'est pas du jeu. Que quelqu'un a forcément triché, qu'il s'est passé un truc. Que ce n'est pas juste... mais pas là. 

Je suis serein. Heureux. Plein. Rempli d'amour et d'assurance. La petite merveille qui dort dans mes bras me fait sentir tout l'amour que j'ai pour les êtres qui m'entourent dans cette maison (à part probablement le chat). Pour le reste, tout est tellement loin de moi ! Tellement loin de ce qui est là dans mes bras, essentiel à tout mon être... le reste, on verra demain.