mercredi 27 juillet 2011

C'est la nuit ; la nuit noire, assoupie et profonde

A 9h30, c'est la nuit. La route est troublée par les rebonds de la pluie qui tombe en abondance, l'eau ruisselle en fleuves immenses entraînant les roues dans des embardées incongrues. A perte de vue, l'asphalte se confond avec un ciel gris foncé, plus flou qu'une photo de Daido Moriyama, plus trouble qu'un discours de Michel Rocard, plus improbable que l'emploi du temps de Matthieu Bastareaud dans la nuit antipodesque du 20 au 21 juin 2009... plus gris que Mickael Jackson.
Tu peux te demander ce que je fous sur la route à 9h30 alors que je devrais déjà être à la mine depuis 5 ou 6 heures. D'abord je fais ce que je veux et je t'emmerde. Ensuite, si vraiment tu veux tout savoir, sucer la moelle de ma vie jusqu'à la dernière goutte, me laisser vide et à nu face au regard impudique de la Toile, sache que mercredi c'est jour d'abandon d'un morceau de moi-même à la crèche, on traîne toujours un peu pour pour y aller, ce qui me fout constamment dans le rouge... Je reviens à ma verve poétique indûment interrompue par ta folie inquisitrice.
La pluie fait un bruit assourdissant sur la carrosserie qui couvre presque l'excellentissime Loser de Beck qui passe à la radio. "So why don't you kill me ?" sur la route c'est presque un suicide de rouler, les voitures, fantômes illuminés qui apparaissent quelques secondes dans le champ de vision restent à 50 km/h sur la voie de gauche de l'autoroute, personne sur les deux autres voies de droite, les cerveaux doivent être paralysés par la peur.


Pendant ce temps, on cite Hannah Arendt à la radio, l'esseulement est différent de la solitude. Je suis moi, enfermé dans ma cage de Faraday, un bel exemple de solitude. Je ne suis pas dans l'esseulement, j'ai des liens sociaux, de la famille, des amis, des collègues, des camarades, même... Je peux profiter tranquillement  de ma solitude forcée, de mon exil sur cet îlot sec et chaud qu'est ma voiture fatiguée.


Bientôt je vais sortir, affronter le monde et les éléments déchaînés, il faut engranger de la quiétude et profiter de soi... repenser à Hugo, "c'est la nuit, la nuit noire, assoupie et profonde"... dormez les puissants, les forçats vont travailler.

lundi 11 juillet 2011

That's all, Falk...

Je sais. Je suis en retard. C'est de l'info aussi froide que la viande dont ce monstre est désormais fait. Mais comme le mauvais goût ne tue pas, je continue. de toute manière, il fallait bien que je te parle de Peter Falk. Le monde entier a pleuré la mort de Columbo. Pas moi.
Non pas que je n'ai pas été atteint par sa disparition, non j'ai pleuré aussi, mais en fait... Quand je pense Peter Falk je ne pense pas Columbo.


Il y a deux films dans lequel le grand petit homme a tourné et qui font partie de ma filmographie culte : The Princess Bride, de Rob Reiner, où il tient un petit rôle, mais central, celui du grand père qui raconte l'histoire à son petit-fils malade. Je t'en reparlerai, tellement cette merveille est un chef d'oeuvre. L'autre film, c'est le jouissif, le génialissime Tante julia et le Scribouillard (Tune in Tomorrow), de Jon Amiel, adaptation cinématograppique d'un roman de Mario Vargas Llosa.


C'est l'histoire de Pedro Carmichael, un scénariste de soaps opéras pour la radio qui débarque dans la vie sans histoire d'un étudiant (Keanu Reeves) qui veut devenir écrivain... Doté d'une imagination fertile, un brin tordue, il va bouleverser la vie du jeune homme amoureux de sa tante Julia (sulfureuse Barbara Hershey) mais aussi celle de la radio, de la ville entière, avec des méthodes extrêmement hétérodoxes.


Peter Falk survole ce film qui bénéficie même en français de dialogues exceptionnels. Mordant, pétillant, émouvant, il s'amuse comme un petit fou, autant que son personnage qui s'ingénie à plagier la vie des ses collaborateurs, et en même temps à la pimenter, la compliquer pour les besoins de son histoire rocamblesque et de ses personnages.
Ses répliques, agrémentées du travail de sourcil bien connu, sont à mourir de rire. Tout au long du film, il débite avec le plus grand sérieux des horreurs innomables sur les Albanais ; ses "oui" se transforment en des périphrases pleines de mystères... Quand le jeune homme lui demande s'il aime vraiment la mixture qu'il vient de lui faire goûter, Carmichael répond avec un aplomb confondant : "est-ce que les ours font popo au fond des bois ?"


Un acteur qui dégage autant de malice, de joie de vivre, de rire, ça donne une force incroyable. J'ai eu énormément de plaisir à voir, revoir, rerererevoir etc. ce film où les autres protagonistes sont autant éclipsés que leurs personnages sont ballottés par Carmichael. Je n'ai jamais eu l'occasion de lire l'oeuvre de Vargas Llosa, mais, en mémoire de Peter Falk, je vais m'y mettre rapidement.


Cet été peut-être. Et revoir le film ? Et aussi Husbands de Cassavettes, Un cadavre au dessert avec Peter Sellers, Alec Guiness, etc. J'ai l'embarras du choix. Et tout le temps maintenant. C'est important, le temps. Et ce n'est qu'un livre, comme dit l'autre.

 
Et le joli diaporama de l'Express, ici.