lundi 5 octobre 2015

Un meilleur ennemi...

J'y pensais tout à l'heure, alors que je versais un nuage de lait dans mon earl grey. J'ai beau tourner le truc dans tous les sens, analyser mes sentiments les plus profonds, rien n'y fait.

L'élimination du XV de la Rose ne me réjouit pas. Je n'arrive pas à être heureux de la défaite des Anglais. Ce sont pourtant nos meilleurs ennemis, depuis des siècles, de Crecy à Trafalgar, et si l'entente cordiale a un tantinet réchauffé nos relations, en tout cas, pour le meilleur, en termes diplomatiques, pour le reste, ça reste froid, et heureusement que le rugby est là pour nous permettre de nous y filer... Le crunch est un moment à part dans le tournoi des VI nations, et l'arrogance dont nous Français et nos amis servants de la Perfide Albion font preuve ne peut que nous séparer, mais aussi nous rapprocher (je suis moi-même assez mal placé pour en vouloir à l'Anglois, ayant défendu ses couleurs au sein des British de Paris).

Notre meilleur ennemi. Un meilleur ennemi, c'est celui contre qui on préfère se battre. Contre qui on déteste perdre, contre qui on mobilise tout ce qu'on peut avoir d'énergie au fond de nos entrailles afin de le déstabiliser, de le faire tomber, le faire souffrir.

Mais notre meilleur ennemi, autant qu'il est un ennemi, avant même de l'être peut-être, c'est NOTRE meilleur ennemi. Je ne supporte pas de voir une autre nation battre l'Angleterre. J'ai été étonné de voir les anglais perdre contre le Pays de Galles, heureux pour mes amis Gallois qui ont du fêter ça plusieurs jours durant, mais frustré qu'il ne soit pas revenu aux Bleus de le faire en compétition officielle.

De la même manière, j'ai été triste de la façon dont les même britons ont été repassés, défroissés, humiliés par les Australiens. Pfffiou, une coupe du monde sans croiser la route des Anglais, quelle tristesse. Dire qu'il va falloir attendre 5longs mois avant de les recroiser... je ne sais pas si je vais m'en remettre. En fait, la seule manière pour que je m'en remettre vraiment, ce serait que la Reine donne la petite coupe dorée à Dusautoir. Ça ce serait pas mal. Ça atténuerait ma tristesse.

Un peu.

mardi 4 août 2015

Une berceuse révolutionnaire...

James Coburn et Rod Steiger
La nuit est chaude et tranquille. Très chaude, mais pas si tranquille. Au loin, on entend les rires de vacanciers qui mélangent honteusement les grillades, le rosé et la bonne humeur.

Dans la chambre, le ventilateur tourne à un rythme régulier, berçant ma mélopée (d'une voix qui susurre).

Les enfants dorment mais, par réflexe, je continue de fredonner un thème, le thème d'Il était une fois la révolution, d'Ennio Morricone, la seule musique qui les endorme à coup sûr depuis leur naissance (j'exagère, il y avait aussi Petit Ecureuil, et Doucement s'en va le jour). D'une voix traînante et douce, mal assurée dans les graves, je pense à la douceur de cette ballade nostalgique qui accompagne les images d'explosion et de révolution, le sourire de James Coburn, celui de Rod Steiger...

" - Papa, chante-nous ta chanson !
- Avec plaisir les enfants. "

Non dissimulé, le plaisir. Je ne me fais jamais prier pour revisiter cette merveille de musique, qui accompagne si bien ce chef d’œuvre mésestimé de Sergio Leone. Les frissons me parcourent, l'émotion me noue la gorge, je suis ému de la beauté de cet hymne et du bonheur de le partager avec mes enfants. Ce moment particulier, de partage, de communion, de transmission, je n'en avais même pas rêvé.


Au loin, le feu d'artifice est en passe de commencer. Le silence et la quiétude sont définitivement brisés, mais les enfants dorment, paisiblement. C'est l'essentiel.